L'Europe que nous voulons pratique et applique la subsidiarité. Dans ce cadre novateur à dimension continentale, impériale, communautaire et enracinée, quel destin attribuer à la patrie ? La patrie est la terre des pères, des ancêtres, des aïeux; c'est aussi un territoire – connu ou rêvé – qui porte en nous une forte charge émotionnelle.

La modernité dévalorise, dénature, dénigre la patrie et son sentiment naturel, le patriotisme. En réponse, réhabilitons la patrie ou plutôt les patries qui sont notre recours. En effet, le pluriel s'impose d'autant que la réponse salutaire – et salvatrice – des Européens s'inscrit dans une tripartition d'émanation subsidiariste et de référence indo-européenne.

 

Par une analogie pertinente, la patrie charnelle, régionale, provinciale, ethnique et/ou confessionnelle (la région, le petit pays) 

correspond à la troisième fonction dite fonction de production, de reproduction, de fertilité. Cette fonction regroupe beaucoup de sous-ensembles comme l'agriculture, l'artisanat, le commerce. Des notions vitales sont couvertes par cette fonction : la productivité, la fécondité, l'abondance des hommes, du bétail et des végétaux, la richesse, la santé, la paix, l'esthétique ...

 

La patrie politique, historique, nationale, étatique (la Nation) – dont l'État-nation jacobin, centralisateur et uniformisateur en est un dérivé et une déviation modernes (sans pour autant nier le fait national, il s'agit au contraire de le préserver, voire de le bonifier dans une perspective anagogique) - coïncide à la deuxième fonction, la fonction guerrière liée à la défense du peuple. Les vertus de cette deuxième fonction sont les valeurs guerrières, la force physique, l'énergie, le courage, l'héroïsme, la défense et la sécurité.

La patrie idéale, géopolitique, continentale et civilisationnelle 

(l’Europe) 

s'apparente à la première fonction, la souveraineté. Cette fonction royale revêt deux aspects. L’un juridique, et l'autre magique et religieux.

Des notions fondamentales se regroupent dans cette première fonction comme le droit, la sagesse, les sciences, la puissance spirituelle et religieuse. Cet ensemble supra-national se doit de rassembler non seulement tous les facteurs de la puissance, mais aussi susciter d'authentiques spiritualités aptes à élaborer un nouvel art de vivre, d'exister et – le cas échéant – de mourir sans laquelle le risque serait grand que la patrie idéale ne devienne qu'un Léviathan continental ultra-moderne et démesuré.

 

Dans l'agencement ordonné, hiérarchisé et organique de patries s'inscrivent les modes de commandement de la Cité :

la patrie idéale détient l'imperium  (le pouvoir souverain), la patrie nationale l'auctoritas (l’autorité légitime, juridique et sociale) et la patrie charnelle la potestas (la capacité à gérer les affaires publiques).

 

L'épanouissement de la personne ne peut être complet qu'avec une pleine intégration dans ses différentes communautés parmi lesquelles s'affirment les diverses appartenances patriotiques.

Être un bon Européen, c'est assumer sans complexes et avec fierté son attachement alsacien, français et européen, basque, espagnol et européen, transylvanien, roumain et européen…